Entre quatre murs: récit de mon confinement

Publié par Dounia Mérazka - Mardi 28 avril 2020 - 21:33

Je me souviens encore de ce fameux 13 mars 2020, cette soirée ou j’étais confortablement écrasée sur mon lit à naviguer sur mes réseaux sociaux. C’est en recevant une première notification de ma meilleure amie m’annonçant la nouvelle que j’ai compris que ma vie venait de basculer.

À cet instant précis, mon téléphone était devenu mon pire ennemi. Le fait de simplement songer à faire un tour sur cet appareil électronique me donnait la nausée. Je le voyais comme quelque chose de négatif, de stressant et surtout de déprimant. Pourtant, je continuais à sillonner les pages ainsi que les sites web des nouvelles mondiales, mon historique de recherche c’est transformé en liste interminable de questions qui en résultait toujours à la même réponse : «la durée du confinement au Québec est encore indéterminée».

Incompréhension

Je ne comprenais pas réellement ce qui se passait. C’était comme recevoir une claque en plein visage ou lorsqu’on se réveille en sursaut en pleine nuit parce qu’on rêvait qu’on était en train de tomber d’un immeuble. Les mots «confinement» et «pandémie» faisaient partie d'un vocabulaire absent chez moi. C’est le genre de situation qu’on ne pense jamais vivre un jour. Le genre d’événement qui n'arrive qu’aux autres ou seulement dans les séries Netflix. Ce contexte se résumait, pour moi, à l’atteinte de ma liberté. Je ne pouvais plus faire réellement ce que je voulais. Je dois vous admettre que j’ai eu de la difficulté à accepter le fait que c’était pour ma propre santé et celle des autres, malgré que je savais pertinemment que c’était vrai.

La première semaine fut gérable. Je me répétais sans cesse que rester cloîtrer à la maison était non seulement important pour me protéger, mais aussi bénéfique en matière de développement personnel. Je me suis dit que cela me permettrait d’avancer dans mes études collégiales, de prendre soin de moi, de me concentrer sur mes écritures pour Le Rebond, mais aussi de pouvoir m’améliorer en cuisine.

Employée essentielle

Les choses ont rapidement changé quand j’ai appris que je devais continuer à me rendre sur les lieux de mon travail, car il était catégorisé comme étant essentiel (je travaille pour le centre d'appels de la Banque nationale-BNC). Ça, c’était le plus difficile à accepter. Être obligée de me rendre au travail cinq jours par semaine malgré les risques de ce foutu virus et d’être exposée au danger.

Je ne pourrai oublier cette première journée lorsque j’ai dû appeler un Uber. Le chauffeur qui me racontait ses inquiétudes, la radio qui répétait sans cesse le mot «Covid» et le chiffre «dix-neuf», mon téléphone bombardé de notifications nous rappelant l’importance de rester à la maison et le nombre de morts qui ne cessait de grimper, les routes montréalaises complètement vides, la ville se transformant en ville fantôme, l’absence des touristes, des cyclistes et des jeunes enfants qui traversent la rue en courant avec leur gigantesque sac à dos... Je me suis réellement rendue compte à ce moment-là que plus rien n’était comme avant.

Aujourd’hui, presque un mois et demi depuis ce tout premier jour, j’ai toujours cette difficulté à garder un moral positif. Je vie toujours avec cette peur omniprésente que le retour «à la normale» sera dans longtemps. J’ai développé une sorte de nervosité quand j’entends ou lis quelque chose en lien avec ce virus. Croyez-le ou non, c’est presque devenu un sujet tabou chez moi puisqu’il nous rappelle la sombre période dans laquelle nous vivons et pour laquelle on essaye de soutirer du positif. Je n’imagine pas un été sans terrasses, sans plage, sans camping ou voyage, c’est impossible.

Rêver aux jours meilleurs

Je rêve du jour où je pourrai me balader dans les rayons de décorations du Winners, à manger une bonne poutine dans un fast-food ou simplement à me plaindre des problèmes liés à la ligne verte du métro. S’il y a bien quelque chose de positif que je retire face au contexte actuel, c’est l’importance de savourer chaque instant et de profiter du moment présent, car on ne sait jamais de quoi sera fait demain.

J’ai bien hâte de vous écrire une chronique partageant ma joie face à la fin du confinement, entre temps, je vous souhaite de passer malgré tout de bons moments avec vos proches, prenez bien soin de vous. Ça va bien aller! 

Martin Després

Merci Dounia de nous partager la façon dont tu vis cette situation avec cette chronique. Un texte qui nous rappelle que nous vivons tous, ensemble, une période de grands chamboulements. Une période qui met en évidence tous les petits bonheurs de la vie qui nous échappent actuellement. Lorsque nous reviendrons à la normale (même si je crois que les choses vont changer), nous savourerons chaque petit instant... probablement mieux qu'avant!

mer 29/04/2020 - 08:57 Permalien
Danielle Lacroix

Merci Dounia de prendre le temps de nous partager tes réflexions. Je pense que c'est important de prendre un temps d'arrêt pour réfléchir à cette période trouble. Tu as raison il faut se projeter vers l'avenir rempli d'espoir. Merci encore Dounia

jeu 30/04/2020 - 21:10 Permalien
Elaine St-Onge

Merci pour ton texte, c'est fort intéressant de nous partager comment tu vis cette période hors du commun. Et de plus, il était fort agréable à lire, tu as une belle écriture!

ven 01/05/2020 - 12:29 Permalien

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